Humeur

Il est dangereux de jouer avec les ratios de solvabilité

La baisse des taux met sous contrainte les marges de solvabilité des assureurs. Certains d’entre eux demandent aux Pouvoirs publics d’en assouplir les règles. Ces derniers n’y seraient, semble-t ’il, pas hostiles. Mais changer cette règle est dangereux.

La marge de solvabilité est destinée à garantir les engagements des organismes d’assurance à l’égard des assurés. Elle doit leur permettre de faire face aux aléas liés à leur activité d'assureur. En cela, elle est sanctuarisée et doit le rester surtout lors des périodes de turbulences. La petite musique de certains représentants professionnels qui demandent aux Pouvoirs publics d’assouplir la règle en intégrant dans son calcul les provisions pour participation aux excédents (PPE) n’est pas acceptable.

En premier lieu, les PPE appartiennent aux assurés-épargnants et à eux-seuls. Comment leur expliquer que ces sommes, leur argent, est désormais à la disposition des assureurs pour conforter leurs fonds propres ? Il s’agit d’un point d’éthique autant que de rigueur financière. Ensuite, cette mesure technique ainsi qualifiée par le Directeur-général du Crédit agricole s’apparente à un tour de passe-passe. Car enfin, la règle n’est plus la règle si l’on décide de s’en affranchir en fonction des circonstances et sans respecter le strict intérêt des clients dont l’essentiel de la réglementation vise à les protéger.

Les épargnants voient bien que la baisse des taux pèse durement sur les rendements de l’assurance vie pour l’essentiel constituée par des fonds en euros. Ils ne seront pas dupes de ces manœuvres qui seront sur la place publique. Autant dire, que les leçons de la crise des années 2008-2010, il y a à peine dix ans, ont été oubliées. Pas par tout le monde, les commerciaux ont gardé des souvenirs difficiles des discussions avec leurs clients dont les investissements s’évaporaient. Tout le monde avait juré que désormais, la prudence, la transparence et la rigueur devaient être la règle. En effet, pour les assurés assurance rime avec sécurité.

Il ne faut pas céder à la facilité. Le devoir de loyauté à l’égard des clients, que désormais la réglementation a inscrit dans le marbre des activités financières, impose d’adopter des mesures claires et de les expliquer. Si certains organismes d’assurance apparaissent sous-capitalisés, qu’ils fassent le nécessaire. Plusieurs viennent de le faire. Une règle d’or est qu’un actionnaire doit donner à la structure dans laquelle il a investi les moyens d’une activité sécurisée. A fortiori s’il la contrôle ! Aligner les rendements de l’assurance-vie sur la rentabilité effective des portefeuilles n’est également que de bonne gestion.

Personne ne sait de quoi demain sera fait. Les meilleurs analystes avouent être dans le flou. Une remontée des taux ? Peu probable. Un environnement incertain ? A l’évidence. Il faut donc s’en tenir à la prudence et au strict respect des règles. Et, si l’on considère qu’elles ne sont pas adaptées, changeons-les, mais en respectant le processus qui permettra de le faire en toute objectivité.

Henri DEBRUYNE