Humeur

A quoi sert l’assurance ?

Il est urgent de rappeler à nos concitoyens ce qu’est l’économie de l’assurance pour ne pas la confondre avec un simple dispositif de redistribution.

Cette période d’incertitudes et de turbulences fait ressortir tous les aspects de la facilité intellectuelle, de l’inculture, de la mauvaise foi, des approximations et du chantage. C’est inquiétant, à plus d’un titre, mais les « assureurs » terme générique qui englobe tous ceux qui travaillent dans l’assurance en sont en partie responsable. Entre nous, professionnels nous savons que l’assurance est un système qui permet de se prémunir contre les conséquences financières et économiques liées à la survenance d’un risque. Mais qui le sait au-delà de notre cercle ?

Trop juridique, trop financière, alignant des chiffres qui ne disent rien ou pas grand-chose des réalités concrètes qu’ils recouvrent. Qui sait vraiment que cette activité est un métier qui repose sur des techniques sérieuses et éprouvées ? Que les engagements pris auprès des assurés sont tenus à condition d’en respecter les termes et que le régulateur y veille. Que s’il existe une divergence d’interprétation, c’est au juge de dire ce qu’il en est, et à lui seul ? Un discours qui n’est manifestement pas audible.

Aussi, l’hydre étatique menace. Les représentants des restaurateurs ne demandent pas à la justice de dire le droit, mais à la Puissance publique de faire rendre gorge aux assureurs réticents et ils y engagent leurs puissants lobbys ! Les avocats se mobilisent bien évidemment. Pour autant, mis à part un référé du Tribunal de commerce de Paris à l’encontre d’AXA, il ne semble pas qu’il y ait beaucoup de procès engagés.

Un tour d’horizon, montre que ce débat est aussi difficile dans la plupart des pays développés de l’Europe aux Etats-Unis. A une différence de taille, nulle part sauf en France l’Etat n’est appelé à la rescousse pour contraindre les assureurs. Partout ailleurs, la règle est de se tourner vers le juge pour connaitre la vérité judiciaire et faire valoir ses droits. Ce qui est, quand même la caractéristique d’un Etat de droit.

Alors que faire ? Il y a l’urgence, d’autant plus difficile à gérer que l’affaire est mal engagée. Il n’est guère aisé de rationaliser devant l’émotion et pourtant, il faut s’y tenir. Des millions d’assurés ont besoin de savoir que chaque victime reçoit ce qu'il lui est due, pas moins, pas plus. Sinon, la confiance finira par partir à la rivière. Dans tous les cas personne, aucun assuré, ne doit pouvoir suspecter qu’il en soit autrement que les largesses seront réservées à quelques-uns et que, pire cela pourrait être à son désavantage.

Cela n’exonère pas les assureurs de participer à des fonds de soutien, voire d’être généreux, mais chacun doit bien peser sa contribution et ne pas mélanger les genres. Les aides ou subventions ne sont pas des indemnisations contractuelles et dans ce cas ce n’est pas aux assureurs d’y procéder. Il faut trouver d’autres voies.

Il n’est pas trop tard pour qu’émerge un discours clair sinon structuré qui s’adresse à tous les assurés et pas seulement à ceux qui sont concernés par les pertes d’exploitation. Tous les membres du secteur de l’assurance ont aussi besoin de croire en leurs références. C’est bien dans les périodes de crise que se révèlent les grands capitaines. Ceux qui savent maintenir le cap, adopter des positions claires, s’y tenir, ne pas en changer sous la pression, quelle qu’elle soit et fédérer les équipes. Si la primauté de l’Etat de droit doit être rappelée, il faut aussi évoquer la solvabilité des assureurs qui n’autorise guère des largesses inconsidérées.

Henri DEBRUYNE

Déconfiner ! Une seule voie, l’action

Déconfinés ? Enfin pas tout à fait, mais il est temps de passer à autre chose. Ne serait-ce que pour se démarquer de cette période pendant laquelle l’assurance a été sérieusement chahutée.

Depuis quatre jours, la France sort de cet engourdissement qui l’accable depuis deux mois. Pour l’assurance et ses représentants, il est temps d’aller de l’avant. Il faudra bien sûr tirer des enseignements de cette crise dont elle sort discréditée alors même que l’essence de son métier est d’aider ses clients à affronter leurs difficultés. Pour l’instant, il faut recommencer à regarder devant soi.

En premier lieu, il faut revenir dans l’action. Bien que l’immense majorité des forces commerciales n’aient pas cessé de servir leurs clients, il faut qu’elles se remettent dans le sens de la marche. C’est leur nature profonde et c’est ainsi qu’elles sortiront de cette période de langueur sinon de doute qui, quoi que l’on en dise, s’est installée. Ensuite, il est très important de rencontrer les clients avec un discours clair qui n’escamote ni les difficultés rencontrées ni l’indispensable rigueur que nécessite la gestion des opérations d’assurances. En cela, la lettre de Patrick Evrard* est un bon exemple. Enfin, ces deux mois de confinement ont entrainé un trou d’air d’activité qu’il faut compenser le plus rapidement possible.

Les clients seront contents que leur interlocuteur prenne de leurs nouvelles avec un discours qui dépasse, sans les nier, les conséquences du Covid-19. Les intermédiaires qui ont maintenu les contacts pendant le confinement relatent avoir été bien reçus par des personnes qui avaient du temps à leur consacrer.

Sans attendre de tirer des leçons de la période récente, deux enseignements majeurs émergent déjà. Le premier est la vertu de la proximité. Pas seulement géographique, même si manifestement elle retrouve du lustre, mais surtout la proximité relationnelle qui démontre, une nouvelle fois, que le digital ne peut pas tout. Ce dernier et les outils qu’il met à disposition ont permis à l’activité de ne pas s’arrêter, au télétravail de prendre le relais sans souci majeur. Une prouesse incontestable qui a rendu possible la poursuite de l’activité, mais au service de l’interrelation physique qui a assuré l’essentiel.

Le second enseignement est celui de l’autonomie des acteurs de terrain. Elle a garanti la fluidité des opérations. Les acteurs ont d’autant mieux vécu cette période qu’ils avaient la capacité d’agir dans un cadre bien établi. C’est devenu un truisme de le dire, mais pour autant il se heurte à l’immobilisme bureaucratique de nombreuses organisations.

Il reste à espérer que le retour à la normale n’évacuera pas ces bénéfices qui sont en réalité autant de leviers pour l’avenir.
* Président de l’Agéa

Henri DEBRUYNE

L’assurance atteinte par le soupçon !

Les débats qui entourent l’applicabilité des garanties de pertes d’exploitation s’alourdissent d’un nouvel épisode : celui du soupçon. La garantie est-elle acquise ? Oui ou non. Faute d’y répondre de manière claire, le soupçon se propage, c’est un véritable poison.

Le président du Crédit mutuel annonce, en s’assurant d’un bon relais dans les médias, que sa filiale assurances de dommages va distribuer des aides significatives pour « répondre à l’inquiétude de nos clients professionnels ». Une prime forfaitaire d’en moyenne 7000 euros destinée donc à compenser l’absence de prise en charge des pertes d’exploitation et cela pour un coût total de 200 M€. Au micro de France inter, il précise que la garantie n’est pas acquise. Ce qui justifie les aides mises en place. Donc, pas de garantie, mais des libéralités pour marquer la solidarité.

Las, les juristes passent au crible les conditions générales, les dispositions particulières du fameux contrat en cause et dégagent assez vite un large consensus pour dire que leur lecture est différente. Les garanties seraient acquises. Le débat est ouvert et il ne sera refermé que lorsque les Tribunaux auront tranché. L’affaire fait grand bruit et vient alimenter une polémique dont l’assurance n’avait pas besoin. Après l’affaire du Hellfest, le célèbre festival pour lequel l’assureur refuse sa garantie d’annulation, après l’assignation lancée par des restaurateurs assurés par l’intermédiaire de SATEC, mais dont l’assureur refuse la prise en charge, le débat tourne à la polémique. Bien sûr, l’accusée est l’assurance.

Les assureurs sont, comme dans l’affaire du Crédit mutuel soit des incompétents qui n’ont pas été capables de rédiger des clauses claires et incontestables, soit des manipulateurs qui évitent de s’acquitter de leurs obligations. Sur fond de suspicion ancienne et, il faut bien le reconnaitre, très installée, l’effet est dévastateur. La communication n’a pas été suffisante, c’est le moins que l’on puisse dire, et dans tous les cas la cohérence de celle-ci a été absente. Chaque organisme d’assurance a déroulé la sienne sans s’appuyer sur une pédagogie collective. Or, la situation inédite et complexe que nous connaissons nécessite un travail d’explication qui ne peut être, au moins en préalable, que celui de la profession. Cela n’a pas été le cas malgré des efforts, mais inaudibles.

La conscience d’un intérêt supérieur partagé par tous les acteurs ne s’est pas exprimée. La première victime est la confiance. Or, chacun sait que dans les activités qui sont les nôtres, elle est notre bien le plus précieux. Elle s’est évanouie, laissant toutes les suspicions proliférer et les intérêts catégoriels l’emporter. Le secteur est dévasté, les secousses telles des répliques sismiques vont se propager probablement longtemps.

Trois leçons s’en dégagent. La première est que ce secteur embrasse des intérêts trop divergents. Le plus petit commun dénominateur l’emporte et ne peut donc pas fédérer. La seconde leçon est que les valeurs sur lesquelles reposent l’activité de l’assurance ne sont pas ou plus reconnues comme des vertus indispensables. La troisième leçon est que la crise, comme en 2008 d’ailleurs, a mis à mal des solidarités peut-être tout simplement parce qu’elles n’existaient pas ou si peu.

Henri DEBRUYNE