Eclairage

Assurance non-vie* : l’aiguillon de la concurrence

Sous une apparente stabilité, les lignes bougent. Les parts de marché de la distribution par intermédiaires résistent et celles des SSI s’effritent, tandis que celles des réseaux bancaires progressent.

La conquête des réseaux bancaires ne se dément pas. Les Intermédiaires (courtiers et agents généraux) font mieux que résister alors que les Sociétés sans intermédiaires cèdent du terrain. La pression concurrentielle joue les arbitres, mais pas seulement. Elle joue également sur les chargements et les résultats techniques en renforçant les exigences de la compétitivité.

                     Distribution des affaires directes non-vie en 2014
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Depuis plus de 10 ans, les niveaux des frais généraux des différents compétiteurs ne cessent de se rapprocher. Les écarts globaux s’inscrivent dans un mouchoir de poche. Ils sont désormais inférieurs à 3 points (2.9). Cela résulte d’un lent, mais régulier resserrement des écarts entre les acteurs. Marchés matures, concurrence forte et exigences de compétitivité conduisent à une amélioration constante, mais qui masque des différences parfois sensibles selon les formes de distribution. Ainsi, avec un taux moyen de 32,3 %, les sociétés avec intermédiaires (SAI) s’installent au cœur de la norme de marché. Du côté des sociétés sans intermédiaires (SSI y compris MSI), le taux des frais généraux a franchi le cap des 30% (30.8%). Les filiales de banque, quant à elles, affichent le taux de chargement le plus élevé du marché, représentant 33.7% des primes nettes. La vente directe confirme, sur ce plan, qu’elle ne fait ni plus ni moins bien que les autres (30.9%).

        Frais de chargement en % des primes émises (2014)
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Les résultats techniques offrent une vision complémentaire indispensable. Là encore, les écarts sont faibles et tendent à converger, si l’on écarte la vente directe qui reste en deçà de l’équilibre (-1.2%). Les sociétés avec intermédiaires et les filiales de banque produisent des soldes techniques positifs (respectivement, +6.9 et +6.7% des primes nettes). Cela est d’ailleurs constant sur longue période. Parallèlement, après plusieurs années difficiles, la situation des SSI s’améliore sensiblement en 2014, avec un résultat technique représentant 5.8% des primes.

Solde technique net par mode principal de distribution en 2014
(affaires directes non-vie)
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La clé de ces résultats se trouve, en grande partie, dans la répartition du portefeuille. En effet, les filiales de banque sont bien réparties avec une forte proportion « des dommages corporels » (39.2%) dont le taux de marge est significativement plus élevé qu’en auto ou en MRH. Les sociétés avec intermédiaires s’appuient sur une répartition équilibrée, l’assurance auto ne représentant que 29.5% de leur chiffre d’affaires. En revanche, les SSI restent marquées par une prédominance de l’assurance auto (52%), qui constitue également la principale source (77.9%) du chiffre d’affaires de la vente directe.

Une bonne répartition du portefeuille sous-tend un bon équipement des clients, lequel favorise à son tour la stabilité et donc la profitabilité. Un cercle vertueux que la concurrence a puissamment renforcé.

Structure des portefeuilles par mode principal de distribution (2014)
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Henri DEBRUYNE
Président du MEDI

*Données ACPR – analyse MEDI

 

La gouvernance des produits : De nouvelles responsabilités pour les concepteurs de produits et les distributeurs.

La gouvernance des produits est l’une des principales innovations de la directive distribution d’assurances*. Elle instaure un dispositif de validation de chaque produit en fonction des besoins réels des clients. L’objectif est de renforcer la protection des consommateurs. Un dispositif louable, mais qui n’est pas exempt d’ambiguïtés ! Il porte en germe une profonde évolution des relations entre les distributeurs et les entreprises d’assurance, particulièrement les intermédiaires.

Le POG** (product oversight and governance), un acronyme qui claque comme un drapeau, impose aux entreprises d’assurance ainsi qu’aux intermédiaires un ajustement permanent de leurs offres aux besoins des clients. Les concepteurs de produits d’assurance – entreprises et intermédiaires - doivent mettre en place un processus pour vérifier que les produits répondent aux besoins réels des clients. Les distributeurs, pour leur part, doivent maîtriser les produits et avoir une bonne connaissance du marché auquel ce produit est destiné.

Avant leur mise sur le marché, un processus doit valider que les produits imaginés correspondent bien aux besoins réels des clients auxquels ils sont destinés. Ce processus s’impose dès la conception de l’offre, il englobe les différentes phases d’élaboration, il détermine le marché visé et il choisit les canaux de distribution appropriés. Il indique également les consommateurs auxquels ces produits sont contre indiqués. Enfin, il est conçu comme un dispositif de révision régulière pour s’assurer que les conditions qui ont prévalu à la mise sur le marché restent actuelles, ou le cas échéant, nécessitent des adaptations. Il a donc vocation à être permanent. Le processus doit être écrit, ce qui souligne la volonté des autorités de formaliser les procédures.

Les distributeurs doivent à la fois bien connaitre les spécificités des marchés cibles et les produits concernés. Ce qu’il faut comprendre comme la nécessité de posséder une double compétence pour vendre les produits et pour bien servir les clients concernés. Là encore, un document écrit et actualisé en permanence sera mis à disposition des commerciaux.

En fait, nous sommes à la convergence de deux directives. D’une part, Solvabilité 2 qui, dans le pilier 2 consacré à la gouvernance des risques, fixe des règles précises sur les conditions de maîtrise des risques par les entreprises d’assurance. Cette maîtrise implique qu’elles conservent l’entière responsabilité des produits qu’elles conçoivent et, ipso facto de leur commercialisation. Et, d’autre part, bien évidemment, la directive distribution qui renforce la protection des intérêts des consommateurs. Malgré un effort de cohérence, des ambiguïtés subsistent. En premier lieu, entre l’obligation de conseil qui doit prendre en compte les besoins d’un client et lui délivrer une recommandation personnalisée et des produits dont l’élaboration répond à une logique d’écoute plus collective des besoins, ceux de la cible. Ensuite, l’un des enjeux va être la collecte des informations sur les marchés et la bonne compréhension de leurs besoins. Les distributeurs sont les mieux placés pour comprendre les clients et percevoir les réalités des marchés. Or, ces données « remontantes » d’une très grande richesse risquent de se télescoper avec le processus d’élaboration qui sera travaillé ailleurs et autrement.

Enfin, la gouvernance des produits porte en elle deux orientations majeures. La première est celle du choix des réseaux de distribution et des distributeurs. En effet, les concepteurs de produits devront à la fois choisir le canal ou les canaux les mieux appropriés, mais aussi s’assurer que les distributeurs ont les compétences requises et mettent en œuvre les bonnes pratiques commerciales. Cela mettra fin à l’idée selon laquelle chaque distributeur peut ou pourrait commercialiser toutes sortes de produits. Une conception généraliste du métier va disparaitre. Désormais, la faculté de commercialiser sera structurée par la compétence effective, vérifiée au moment où le produit va être vendu. La seconde évolution confirme une tendance à l’intégration des systèmes de distribution dans les processus des compagnies. La responsabilité accrue, de ces dernières, va conduire à faire évoluer leurs relations avec les distributeurs et particulièrement les intermédiaires. Elles devront objectiver le choix de travailler avec chacun d’entre eux, s’assurer de leur niveau de compétence et les contrôler, en particulier sur les pratiques commerciales. Inutile de souligner ici, l’ampleur du changement dans les relations entre les entreprises d’assurances et les distributeurs que cette évolution porte en germe.

Henri DEBRUYNE
Président du MEDI

*Publiée au JOUE du 2 février 2016. Cette directive sera applicable le 23 février 2018
**Article 25 de la directive sur la distribution des produits d’assurance

Source : EIOPA le 2 juin 2016 - Orientations préparatoires sur les modalités de gouvernance et de surveillance des produits par les entreprises d’assurance et les distributeurs de produits d’assurance

Et si nous parlions d’avenir ?

Les activités d’assurance et d’épargne vont vivre une mutation sans précédent. La réglementation, le digital et l’évolution des modes de consommation se conjuguent pour contester les systèmes de distribution actuels.

Trois mouvements convergent pour remettre en question les pratiques, les modes de fonctionnement et les modèles économiques des systèmes de distribution. Tous les trois sont inéluctables et ont déjà commencé à faire sentir leurs effets. Seules l’amplitude et la rapidité des évolutions des modes de consommation ainsi que la diffusion du digital, sont difficiles à apprécier. Par contre, l’évolution réglementaire est actée, son agenda est connu et il n’est pas compliqué d’en appréhender les implications.

Au-delà des incertitudes, nous sommes face à une occasion rare de repenser et peut-être de réinventer les métiers de la distribution. En d’autres termes, de légitimer leurs valeurs ajoutées auprès des clients. C’est à la fois indispensable, voire vital, mais aussi exaltant. En effet, il est possible de se borner à une mise en conformité des processus sans autre ambition. Ou de prendre le parti de rechercher le lien entre ces obligations et les évolutions des attentes des clients, qui, quoique l’on dise, ne sont pas éloignées. L’histoire de l’assurance souligne combien l’arrivée des grands mouvements concurrentiels, les MSI dans les années 70, ou les réseaux bancaires vingt ans plus tard, a été grandement facilitée par la cécité des tenants du marché de l’époque. Ces derniers n’ont en effet pas vu - pas voulu voir - ou ont dénié l’importance des mouvements à l’œuvre. La suite nous la connaissons. Ces nouveaux compétiteurs ont pris les 2/3 de la collecte d’assurance vie et la moitié de l’assurance non-vie !

Aujourd’hui, le marché est confronté à l’un des mouvements les plus importants et des plus déstructurant pour les distributeurs comme pour les compagnies. Mais ces mouvements sont aussi une source rare d’opportunités et donc d’occasions de repositionner les offres et les prestations auprès des clients. Bref, de préparer l’avenir. Mais à l’évidence, ce n’est pas le cas. Les Pouvoirs publics et le régulateur sont affairés à produire de la réglementation, tandis que les acteurs, que ce soient les compagnies ou les distributeurs, oscillent entre un attentisme résigné et l’inquiétude de savoir concrètement comment gérer cette nouvelle phase réglementaire. Quant aux organisations professionnelles, elles sont devenues muettes !

Comment construire son avenir sur une telle absence de vision et sans un minimum de lecture partagée ? Bien sûr, la révolution digitale est convoquée, l’orientation client invoquée, mais pas à un niveau qui éclaire vraiment un mouvement d’anticipation et d’adaptation. Certes, de nombreux arguments militent pour l’attentisme, certains fondés, d’autres beaucoup moins ! Les actes délégués ne seront publiés que dans quelques mois, mais l’essentiel est connu. Les impacts du digital sont mesurés, et les attentes des clients cernées. Alors qu’est ce qui empêche de partager un diagnostic si ce n’est l’inconséquence et l’impéritie ou comment faire pour manquer les grands rendez-vous ?

Et pourtant ce qui est en cause est la manière de conseiller les clients, de servir leurs intérêts, de les accompagner pour les fidéliser. Comment seront effectuées les différentes tâches et par qui ? A quel endroit de la chaîne de distribution et sous quelles formes seront-elles rémunérées ? Ce n’est pas rien, juste la remise à plat des relations économiques entre les distributeurs, particulièrement les intermédiaires, les organismes d’assurance et les clients désormais invités à les connaitre !

Il ne faut pas être grand clerc pour imaginer le grand mouvement qui se profile et l’importance de s’y préparer. C’est pour cela que le silence qui entoure tout ceci est effrayant. A l’évidence, des analyses et des réflexions devraient être conduites par des commissions ad hoc pour évaluer les chemins possibles. Cela ne semble pas être le cas ou alors elles sont très confidentielles ! Une large information devrait irriguer le marché, elle est pour l’heure parcellaire et limitée. Cela n’incite pas à une réelle prise de conscience.


Henri DEBRUYNE
Président du MEDI