Eclairage

Assurance non-vie, la taille est-elle un avantage ?

Sous l’effet conjugué des évolutions sociétales et réglementaires notamment, les marchés sont confrontés à des contraintes de performance nouvelles. La performance des activités et les contraintes de coûts deviennent une obsession et l’on reparle de la course à la taille. Celle-ci, donne-t-elle un avantage compétitif ?

Avec un peu moins de 10% de part de marché, le leader de l’assurance non vie souligne que les marchés sont moins concentrés que nous pourrions le penser. En fait, la concurrence et la nécessaire rentabilité des opérations maintiennent le jeu ouvert. Des acteurs de moindre taille tirent leur épingle du jeu. Certes, le top 10 pèse la moitié du chiffre d’affaires (52.16%) de l’assurance non-vie, mais un nombre respectable d’acteurs affichent des conditions plus qu’honorables. D’autant mieux que la taille n’est pas, en tous cas pour l’instant, un avantage compétitif déterminant.

Que nous analysions les résultats des organismes d’assurance sous l’angle des prestations versées, c’est - à dire le rapport sinistres à cotisations, sous celui des frais généraux ou encore à travers le résultat technique net, les écarts restent modestes. Ainsi, face à un ratio moyen de 71.3% en 2015, les majors sont à un peu moins de 73% et les plus modestes à un peu plus.

Graph01NL92

 

Le résultat technique net varie peu également. Les majors affichent une performance à 7.7% des cotisations et les plus modestes à 7% un écart certes réel, mais faible. Les frais généraux sont l’indicateur qui étonne puisque la palme revient aux sociétés plus modestes dont les frais s’élèvent en moyenne à 26.2% contre 31% pour les majors. Une différence qui s’explique, en partie, par le poids des structures centrales. Les coûts d’acquisitions, qui mesurent les frais commerciaux sont sensiblement plus élevés chez les majors (15,6% contre 13.5%), une différence qui est le reflet de structures de portefeuilles différents.

Graph02NL92 Graph03NL92 Graph04NL92

 

A l’évidence la taille ne confère pas un avantage compétitif net. Les grandes entreprises ont des pesanteurs contre productives. Tout au plus, les leaders peuvent bénéficier d’un leadership, d’une meilleure reconnaissance des clients. Toutefois, pour que les majors, ou certaines d’entre elles, se démarquent plus nettement il faudrait qu’elles soient capables de générer une croissance plus forte, sensiblement supérieure à celle des marchés, ce qui n’est pas le cas.

*L’analyse est réalisée sur la base des compagnies par le MEDI.

Henri DEBRUYNE

Quelle place pour l’intelligence artificielle dans l’assurance ?

Les robots sont en train d’envahir notre quotidien professionnel suscitant plus d’inquiétude que d’engouement. Ils constituent l’une des expressions de la numérisation des activités. L’avant-garde d’une révolution dont nous pouvons attendre néanmoins de réels progrès.

La "révolution numérique", pour le philosophe Michel Serres, est une avancée de l'humanité du même ordre que l’invention de l’écriture. Il qualifie donc cette avancée de révolution et c’est bien ce qui inquiète. D’autant qu’en termes de perception, le digital a changé de statut. Il a quitté la mouvance technologique, où il est très présent, pour devenir une préoccupation stratégique avec des traductions concrètes. L’arrivée des robo-advisors, ces systèmes automatisés capables d’assurer la gestion de portefeuilles en ligne ou diverses opérations commerciales avec une faible intervention humaine, n’est plus une perspective futuriste. L’inquiétude se transforme en fantasme et l’on parle d’ubérisation, ce vocable devenu synonyme d’abomination.

La réalité est toute autre. S’il est vrai que les capacités apportées par l’intelligence artificielle sont très prometteuses et ouvrent des champs de progrès considérables, elles ont aussi leurs limites. La recherche financière elle-même souligne combien les immenses capacités vont modifier de fond en comble l’organisation du travail. Mais dans de nombreux domaines ces outils ne peuvent pas se substituer à la sensibilité humaine qui est l’expression la plus aboutie de son intelligence. Ainsi, tous les systèmes actuels se heurtent à la compréhension de la rationalité, qui dans sa réalité humaine obéit à des comportements qui lui sont propres. En d’autres termes, le sens commun, cette faculté, d’apprendre, de comprendre puis d’analyser des situations non seulement complexes, mais tridimensionnelles car elles sont faites de raison, de rationalité, mais aussi d’humeur, de subjectivité et de sentiments, n’appartient encore qu’à l’homme et surement pour longtemps encore.

Pour autant, l’intelligence artificielle et les robo-advisors ouvrent le champ des possibles en permettant à des fortunes modestes d’accéder à des capacités de gestion auxquelles elles ne pouvaient prétendre. Ils concourent ainsi à la démocratisation de la gestion d’actifs. Néanmoins, le modèle économique « pure player », c’est-à-dire sans intervention humaine s’avère très onéreux et donc impraticable. L’utilisation de ces machines s’inscrit donc dans une gestion globale de client et pas vraiment dans une dynamique de conquête.

Ainsi, les formidables capacités de l’intelligence artificielle domestiquées par l’homme deviennent des outils fabuleux pour collecter, traiter et analyser des données. En cela, les robo-advisors sont appelés à devenir des assistants de qualité. Certes, ils vont modifier la manière d’exercer les métiers. Ils vont faciliter et rendre gérable les multiples contraintes, réglementaires, organisationnelles voire fonctionnelles de la fonction commerciale. Mais ces machines ne sont pas prêtes à occuper la fonction commerciale dans sa plénitude. Quoi que l’on dise ! Il faut aussi souligner que la maîtrise de ces capacités va devenir rapidement un avantage compétitif.

Néanmoins, leur arrivée dans les organisations va nécessiter une remise à plat sans précédent des organisations, mais aussi et surtout imposer une transversalité des fonctions à laquelle nous ne sommes pas habitués, avec à la clé une refonte des méthodes de management.

Henri DEBRUYNE

2017 : des raisons d’espérer !

Les temps sont troublés, certes. Les conditions de marché sont difficiles, bien sûr. L’avalanche réglementaire est perturbante également, mais il existe aussi de bonnes raisons d’espérer. 2017 recèle d’opportunités.

Le maelström réglementaire auquel le secteur financier est confronté depuis plusieurs années cause beaucoup de perturbations. Mais il renforce la solidité des organismes financiers et de leurs offres. Jamais les acteurs n’ont été aussi solides et donc capables de répondre aux besoins d’un monde chahuté, aux équilibres contestés et aux perspectives inquiétantes sous bien des aspects. La contribution potentielle des assureurs, notamment, aux besoins d’une société civile qui doit affronter de nombreux périls, s’étendant de l’évolution des risques climatiques à l’essoufflement marqué de l’Etat providence. Sous cet angle, solidité financière et savoir-faire sont deux atouts maîtres pour jouer une nouvelle partition, à n’en pas douter, de grande ampleur.

La réglementation, toujours elle, renforce la protection des intérêts des consommateurs. Un nouveau jeu de contraintes, à l’évidence, qui conduit à repenser et à rehausser la qualité de la relation client. Ce faisant, cette réglementation force à intégrer une dimension éthique parfois marginalisée, sinon oubliée. La responsabilité du distributeur devient centrale à travers le devoir d’information et l’obligation de conseil. Si une telle démarche va demander des efforts, elle sera un atout pour ceux qui joueront cette partition. Les autres, c’est vrai, ont quelques soucis à se faire.

L’épargne des ménages s’accroît et l’assurance vie reste le placement préféré des français. Certes, la conjoncture n’est guère favorable, les taux longs se trainent désespérément et les fonds en UC délicats à manier. Néanmoins, la manne est là et les besoins de long terme colossaux. Qui mieux que les assureurs peuvent développer des solutions crédibles ?

L’assurance non-vie reste une activité difficile et, ces derniers temps, les équilibres techniques sont plus compliqués à tenir. Toutefois, observons que sur une période moyenne (2005-2015) la rentabilité s’est globalement maintenue. Dans ces dimensions de risques, les besoins croissent aussi, il faudra les satisfaire, et les assureurs peuvent offrir un savoir-faire éprouvé.

Si l’avenir n’est pas un chemin de facilité, il n’est pas non plus sombre à pleurer ! Il existe de sérieuses raisons d’espérer. Ce qui est enthousiasmant !

Henri DEBRUYNE