Eclairage

Agir dans la crise et assumer ses responsabilités sociétales

Face au Covid-19, les Pouvoirs publics, partout en Europe, ont choisi de préserver la santé de leurs concitoyens au détriment de l’activité économique. Un choix absolu et engageant.

La crise brutale, profonde et aux conséquences imprévisibles contraint à une révision sans précédent de la hiérarchisation des priorités pour chacun d’entre nous. Contraints et forcés, c’est notre quotidien. Incidemment, nos choix sont repensés, notre vision et nos perspectives sont réévaluées. L’initiative en revient aux pouvoirs publics et personne ne peut y échapper. Ainsi, le rôle des soignants prend une acuité sans pareille, nous découvrons que de nombreuses fonctions sont indispensables à notre vie alors que, jusque-là, elles nous paraissaient allez de soi sans que nous en soyons vraiment conscients.

L’assurance et les assureurs n’échappent pas à cette nouvelle évaluation de leur utilité sociétale. A quoi servent-ils en situation de crise ? Surtout lorsque celle-ci échappe à leur champ de garanties. Pas facile d’expliquer, désolé nous ne pouvons rien pour vous, votre contrat n’a pas prévu cette situation. Néanmoins, certains s’emploient à rester proches de leurs clients et à les soutenir. De nombreuses initiatives, souvent bien structurées ont éclos. C’est louable, mais pas suffisant. La profession doit adopter des comportements en harmonie avec ce que vivent les citoyens. Nous ne sommes plus dans un simple business as usual !

Si la responsabilité sociétale des entreprises, régulièrement mis en avant, a une réalité concrète pour les assureurs, elle doit avoir une traduction sociale et éthique dans leur manière d’agir dans la crise. Il ne s’agit par pour autant de distribuer sans justification les fonds qui sont destinés ou la propriété des assurés. Mais, d’être rigoureux et en harmonie avec les exigences du temps. Alors que la question de la solvabilité des organismes d’assurance se pose avec une acuité plus grande, la distribution des dividendes ne doit plus être regardée comme une mesure technique de partage des profits. Elle mérite d’être analysée sous un double prisme. D’une part, celui de la marge de solvabilité qu’il faut conforter autrement que par des mesures cosmétiques telles la Ppb et, d’autre part, celui de l’éthique qui invite à ne pas privilégier trop vite les investisseurs dans un environnement économique pour le moins incertain. Cette question est aussi pertinente pour le mutualiste qui redistribue sans attendre à ses sociétaires les bénéfices d’une baisse de la sinistralité réelle, mais pas pour autant pérenne. Le fait que ces mesures soient justifiées par la bonne santé financière fruit de politiques avisées et de gestions efficaces n’y change rien.

Prenons garde, les clients évaluent aussi le discours, les actes et les engagements des entreprises, que l’on appelle la marque. Celle-ci est devenue un bien commun et n’est plus le domaine exclusif de celui qui la gère, a investi pour la façonner, la développer et la monétiser. Les décisions de ces temps de crise aiguë doivent intégrer ces facteurs qui, n’en doutons pas, seront ceux de demain, même si personne ne sait vraiment dans quelle configuration nous nous trouverons.

Henri DEBRUYNE

Assurance vie en UC : Pour maintenir la confiance Il faut assumer les choix faits

Les assureurs se sont fortement engagés dans la promotion des UC, incités par Bercy et encouragés par l’ACPR. IL faut assumer ce choix et expliquer pourquoi.

Le démarrage en trombe des contrats en UC sur les deux premiers mois de l’année - 1/3 de la collecte totale contre 1/4 en 2019 - annonçait enfin un décollage prometteur. Las, l’effondrement des marchés actions compromet fortement les efforts pour réorienter l’épargne vers ces supports. Il n’y a pas d’antidote à ce dérivé du virus. Sauf, à expliquer et expliquer encore qu’il n’est pas possible de juger sur le court terme. Que les choix d’hier n’étaient pas opportunistes, mais guidés par des analyses qui ne sont pas réfutées, que le temps est un allié, pas un adversaire. La pandémie sera dépassée, elle laissera des traces, modifiera des comportements, mais fondamentalement elle sera une douloureuse parenthèse. Garder son calme et aller à l’essentiel est la marque des grands généraux.

Le rôle des commerciaux est bien sûr essentiel et ils vont se trouver face à l’incompréhension et parfois à la colère de leurs clients. Il faut donc les aider par une communication ciblée et adaptée aux typologies de clientèles. Ils doivent pouvoir s’appuyer sur des argumentaires rationnels auxquels ils ajouteront la dimension émotionnelle qui est la leur et sans laquelle les messages ne passeront pas. Quoi qu’il en soit, il faut les soutenir puissamment.

En 2008, ce soutien avait manqué. Il est probable que cela s’était payé cash par une désaffection durable de ces types de support. En 2007, la part des UC représentait 30% de la collecte d’assurance vie. Elle était tombée à 7% avant de remonter laborieusement et de plafonner plusieurs années autour de 25%.

L’élan s’est-il fracassé sur le mur du krach financier ? Nul ne le sait. Ce que nous savons, par contre, c’est qu’il faut maintenir un lien étroit avec les clients, leur parler, expliquer et assumer. En 2008, ceux qui s’y sont astreints ont moins souffert que les autres.

Henri DEBRUYNE

Les banques soupçonnées de pratiques anti-concurrentielles

Les courtiers en crédit s’insurgent devant les pratiques des banques. Ces dernières seraient coupables d’entrave à la liberté de choix de l’assurance emprunteur et s’opposeraient au libre exercice de l’activité d’intermédiaire en crédit.

Deux critiques sont formulées à l’encontre des banques. Elles ont conduit à la saisine de la DGCCRF* par le ministre de l’économie, Bruno Le Maire. La première critique dénonce différentes entraves au libre choix de l’assurance emprunteur avec pour objectif évident d’éviter de perdre une activité lucrative. La seconde critique fait état de pratiques commerciales qui tendraient à restreindre l’exercice de l’activité d’intermédiaire en crédit. Ces deux reproches illustrent la situation d’un marché très disputé sur lequel les acteurs dominants ont bien du mal à céder de la place aux nouveaux venus.

Les banques ont organisé depuis très longtemps, autour de leur activité de prêteur, un écosystème qu’elles dominaient sans partage. SI la concurrence existait apparemment sur les taux de crédit, elle était inexistante sur l’assurance emprunteur qui leur procurait des revenus considérables. Une situation qui a fini par être contestée par le législateur puis par le marché qui s’est employé à créer de la concurrence. Les courtiers en crédit ont ainsi développé une activité soutenue. Aujourd’hui, ils captent 40% des dossiers (60% des clients âgés de moins de 35 ans). Ils constituent donc une menace.

Au moment où les réseaux bancaires voient la rentabilité de leurs activités se dégrader, la remise en cause de l’écosystème installé autour du crédit est inquiétante. Aussi, les banques se sont employées à protéger leurs parts de marché. C’est de bonne guerre, à condition que les moyens utilisés ne soient pas critiquables. C’est tout le débat.

A l’évidence, il semblerait que les résistances mises en place aient la fâcheuse tendance de restreindre ou fermer le libre exercice de la concurrence. Que ce soit dans l’exercice de ce droit par le client qui peut légalement choisir l’assureur de son choix sous réserve que les garanties correspondent. Ou encore à travers les conditions qui seraient imposées aux Courtiers IOBSP et qui auraient pour effet de restreindre leur intervention au bénéfice de leurs clients.

L’avenir proche nous dira ce qu’il en est. Ce qui est sûr, c’est que nous sommes face à deux questions de principe. Comment faire respecter le libre choix par le client de son assureur ? C’est le sens de la question posée à l’ACPR dont les contrôles opérés depuis 10 ans n’ont jamais, semble-t-il, mis en évidence des pratiques contraires à la loi. Elle vient d’être saisie de ce point. La seconde question porte sur les restrictions à l’exercice de l’activité de l’intermédiaire. Celui-ci, peut-il se voir interdire par une banque de proposer un dossier alors que cela fait partie du cœur d’activité de cette banque ? A fortiori, un établissement de crédit peut-il limiter ou interdire à un intermédiaire IOBSP la faculté de présenter par ailleurs l’assurance emprunteur avec un autre assureur ?

Cela nous ramène aux anciennes questions sur les positions dominantes, les relations déséquilibrées entre des acteurs puissants et des opérateurs modestes. Quelle est la largeur des fourches caudines ? Sur ce plan, la tolérance de pratiques contestables s’est fortement réduite. Le droit des obligations a renforcé la protection des « modestes », celui de la concurrence ne veut plus supporter des dispositions ou des attitudes qui freinent la concurrence ou renforcent les positions dominantes. Les réponses apportées par la Puissance publique et probablement, à assez court terme, par la jurisprudence risquent d’être féroces.

Henri DEBRUYNE

*DGCCRF Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes