Eclairage

La baisse des taux met à l’épreuve la solvabilité des assureurs

Les taux bas pèsent sur la solvabilité des assureurs. Jusque-là, cette perspective restait une hypothèse, elle prend de la consistance car cette baisse des taux devient structurelle. Certains assureurs sont contraints de prendre des mesures.

En assurance non-vie, la fonte des produits financiers impose une rigueur accrue à la souscription des risques. En effet, ces produits financiers ont longtemps servi à améliorer les ratios combinés lorsque c’était nécessaire ou bien à doper le résultat. Cet amortisseur disparait et met en première ligne la qualité des politiques de souscription qui ne peut plus s’écarter des tarifs techniques. Une rigueur accrue s’impose et le juste prix devient une vertu cardinale. D’autant que, la baisse des taux pèse sur le provisionnement des sinistres en particulier ceux des branches longues. Ce qui a pour effet d’en augmenter le coût avec un effet quasi mécanique sur les tarifs.

En assurance vie, la situation est rendue plus délicate encore. La baisse des taux entraine tendanciellement un impact sur les ratios de solvabilité. Ce n’est pas complétement nouveau, la faiblesse des taux d’intérêts complique depuis quelque temps le pilotage des contrats libellés en euros. L’arbitrage n’était jamais facile entre le niveau du rendement servi aux assurés et le maintien à bon étiage des ratios de solvabilité, favoriser l’un n’étant pas sans incidence sur l’autre. Mais ces jeux d’équilibre ne suffisent plus lorsque les taux d’intérêt à plus de 10 ans tangentent le zéro, voire passent en négatif.

Désormais, cette catégorie de contrats à taux garantis est sur la sellette. L’idée de leur substituer des supports en UC est séduisante, car ces derniers sont moins gourmands en fonds propres. Mais elle ne sera pas à effet immédiat, elle prendra beaucoup de temps. En effet, changer de modèle est une lourde tâche dont les effets ne seront réels que dans une dizaine d’années. Il faut du temps, beaucoup de temps pour réussir une mutation de cette ampleur. Aujourd’hui, les fonds en euros constituent les 2/3 de la collecte de l’assurance vie. Une proportion qui doit impérativement baisser. Il va falloir convaincre les clients de passer de contrats qu’ils jugent sûrs à des formules en UC qui par construction et nous le voyons par nécessité sont assorties d’un partage de risque. La réussite d’un pareil changement ne sera pas perceptible avant longtemps.

Pendant ce temps, les tensions sur les marges de solvabilité vont s’accroitre. Le maintien des ratios à des niveaux suffisants devient un exercice délicat. D’ailleurs, deux compagnies d’assurance viennent, ces dernières semaines, de renforcer leurs fonds propres de manière significative. La première est restée discrète, la seconde est Suravenir filiale du groupe Arkéa qui a renforcé les fonds propres de sa fille de 540 millions d’euros.

Les ratios de solvabilité, déjà sous l’œil de l’ACPR vont désormais être scrutés par le marché avec une intensité accrue. Cet indicateur qui allait de soi, et que l’on regardait distraitement, est désormais déterminant dans l’appréciation de la solidité des entreprises d’assurance et de la qualité de leur gestion.

Henri DEBRUYNE

Le Plan d’Epargne Retraite : c’est parti ! Il reste à convaincre les épargnants.

Le Pouvoirs publics mettent de l’ordre dans les dispositifs d’épargne-retraite complémentaire. Désormais, le PER qu’il soit collectif (PEReco) ou individuel (PERI) est le véhicule de retraite complémentaire. Il reste à réussir son arrivée sur le marché.

Le Gouvernement est ambitieux. Il vise 300 milliards d’€ d’encours en 2022 (230 Md€ aujourd’hui), mais reste modeste face à l’assurance-vie et ses 1700 milliards d’euros. Les assureurs, comme les banquiers et les autres distributeurs ont fourbi leurs arguments et montrent un appétit d’autant plus acéré que l’assurance vie est clairement en ligne de mire. Le danger de cannibaliser l’une au profit de l’autre et, au bout de compte, d’opérer un transfert sans accroître le volume global de la collecte est bien réel. Il faut donc être présent sur les deux fronts.

A n’en pas douter, les concepteurs de produits ont fait ce qu’il fallait pour être prêts dans les temps avec des propositions bien affutées. Maintenant, il reste à convaincre les épargnants. Et là, la montagne à gravir reste élevée. Il va falloir développer des trésors de pédagogie, mobiliser une énergie considérable pour convaincre de l’intérêt du PER.

Autrement dit, l’essentiel reste à faire d’autant que le déploiement du conseil au meilleur niveau devient incontournable. Non seulement parce que la réglementation en a fait une obligation supérieure, singulièrement renforcée par la loi Pacte, mais parce que la retraite n’est pas une question simple. Outre sa complexité, elle touche à l’essence même des projets de vie de chaque client. Autant dire que le niveau de confiance qui va s’investir dans celui ou ceux qui vont permettre de satisfaire ces projets doit être le plus élevé possible et constant dans la durée.

Dans un monde où la défiance est devenue la norme, le vecteur le moins discrédité reste la relation humaine directe, mais il est par essence fragile. Il faut donc investir sur lui, le renforcer sans cesse et tout faire pour le préserver. Cela ne se fera pas simplement par la distribution de bons argumentaires, ou le balisage des processus de commercialisation. L’effort doit porter sur la dimension pédagogique du conseil personnalisé.

Profitons-en pour faire un sort au tabou des frais. Proposer un PER est chronophage, il faut bien rémunérer le temps commercial qui d’ailleurs sera accru. Heureusement, dans sa grande sagesse le Parlement s’est refusé à encadrer ces frais. Si l’objectif est de développer l’épargne retraite en s’appuyant sur un conseil digne de ce nom, il faut payer ceux qui le délivrent sinon ils feront autre chose. De toute manière, la concurrence fera son œuvre en organisant une saine pression sur ces pratiques. L’histoire récente de la distribution de l’assurance nous en apporte la démonstration.

Enfin, autre tabou qu’il faut lever : tous les distributeurs de tous les réseaux ne sont pas aptes à distribuer des produits somme toute complexes. C’est déjà une affaire de spécialiste et cela le sera de plus en plus. La compétence est aussi une des composantes de la confiance.

Henri DEBRUYNE

La mort programmée des fonds en euros ?

L’ACPR fait part « de sa préoccupation majeure » sur l’évolution des fonds en euros donnant du relief aux déclarations de ceux qui considèrent qu’il faut passer à autre chose.

Depuis une dizaine d’années, les assureurs sont contraints de gérer leurs activités dans un environnement de taux bas. Depuis quelques mois, l’arrivée des taux négatifs rend la situation dangereuse et motive la prise de position de Bernard Delas, vice-président de l’ACPR.  Il appelle à renoncer aux produits en euros offrant à la fois la protection du capital et une liquidité permanente.

Les assureurs ont anticipé cette évolution et s’évertuent depuis plusieurs années à promouvoir les fonds en UC avec un succès réel, mais insuffisant. La part de la collecte des fonds en UC ne représente qu’un quart de la collecte totale et elle régresse en 2019 après avoir culminée à 30% au premier semestre 2018.

Passer de l’un à l’autre nécessite une adhésion des épargnants dont l’immense majorité cultive par nature une aversion au risque. L’effort de pédagogie est central et repose pour l’essentiel sur les distributeurs. Lesquels ne sont pas tous à l’aise et par conséquence convaincus de rendre un bon service à leurs clients. Ils constituent le premier public à convaincre.

Or, la confiance est centrale dans un mouvement de ce type qui prendra d’ailleurs une ampleur considérable. Doubler la collecte des fonds en UC sera une épreuve de force et qui nécessitera du temps. Generali France la première compagnie à afficher une grande détermination, semble y consacrer les moyens nécessaires. Mais ce sont les réseaux qui auront besoin d’huile de coude, il leur faudra déployer une énergie considérable pour convaincre leurs clients. La compétence et la capacité à rassurer seront des facteurs déterminants et ils ne s’improvisent pas Ce qui, au demeurant, renforcera leurs positions, mais aussi leurs responsabilités de conseils. Il est quand même plus compliqué et chronophage de vendre un contrat en UC qu’un contrat en euros. Et, cela reste délicat.

Lors de la crise de la fin des années 2000, la confiance des assurés avait été fortement écornée car bon nombre avaient découvert qu’assurance ne rimait plus forcement avec sécurité. En s’adressant à l’industrie de l’assurance, les clients pensaient faire acte de prudence. Il va donc falloir déployer des trésors de pédagogie voire d’éducation financière. Un chantier colossal est ouvert avec une phase d’accélération dictée par la réalité.

Henri DEBRUYNE