Eclairage

Le déconfinement est le début des vrais enjeux

L’assurance sort éreintée du confinement. Les assureurs sont fustigés, placés sous surveillance par les autorités politiques, parfois attaqués en justice. Pour couronner le tout, ils agissent en ordre dispersé pour ne pas dire qu’ils sont désunis.

Pouvait-il en être autrement ? Sûrement pas, les situations de crise ont besoin de boucs émissaires, l’assurance, par nature, en est volontiers un. Cette prédisposition ne rend pas évidentes des stratégies de réponse. Mais elle est une composante de l’environnement que personne n’ignore. Or, à cette occasion, les impairs, les erreurs de communication, les propos dissonants sinon quasiment divergents se sont accumulés sur fond de dissensions étalées sur la place publique. Ce qui a aggravé une situation qui désormais est en train de devenir hors de contrôle.

Comment des dirigeants de cette qualité, ceux des entreprises comme ceux des institutions, ont-ils pu en arriver là ? C’est clairement une responsabilité collective qui invite, avant toute chose, à bien analyser et réfléchir à un changement d’approche. Et vite, deux enjeux majeurs s’imposent.

Le premier est de voir la pression politique se transformer en mesures désagréables et pénalisantes pour l’activité et la solvabilité des organismes d’assurances. Or, cette dernière montre déjà des signes d’affaiblissement. Et, quoi qu’il advienne ce sont les dirigeants qui en sont comptables, comme ils le sont devant leurs clients, leurs sociétaires, leurs adhérents et leurs actionnaires ! Alors même que la situation de leurs entreprises sera difficile entre une activité qui se tasse et une sinistralité qui progresse.

Le deuxième enjeu est la situation délicate de dizaines de milliers de commerciaux, de tous statuts, qui sont tous les jours face à leurs clients. A-t-on réfléchi aux informations qu’ils vont donner ? Les a-t-on dotés des éléments propres à délivrer un discours cohérent et clair qui leur permette d’expliquer et de rassurer leurs interlocuteurs ? Evitons de reproduire les erreurs de 2008 qui ont laissé les acteurs de terrain seuls face à cette adversité. L’assurance bénéficie d’une force incomparable, convaincue, dévouée à ses clients. Elle constitue un vecteur d’information de grande qualité capable de contrebalancer bien des effets délétères et d’aider à reprendre le contrôle d’une situation qui échappe aux assureurs.

Pour autant, cette démarche ne sera efficace que si elle diffuse un discours dans lequel les acteurs de terrain croient. Il doit donc être sincère et en harmonie avec leurs convictions. Il doit également être investi par des dirigeants capables de galvaniser. Il leur faut donc se reprendre. L’Histoire nous a appris, pour ceux qui l’ont retenu, que les calculs partisans des francs-tireurs ne les grandissent jamais.

Henri DEBRUYNE