Eclairage

COVID-19 et assurance : quelle cacophonie !

Les assureurs se retrouvent embarqués dans un mauvais trip. Ils risquent de sortir éreintés de ce très difficile débat sur leur participation aux conséquences de la pandémie et ils n’apparaissent pas à leur avantage.

Tiraillés entre les gouvernants, le monde politique, leurs clients, leurs obligations et traversés par leurs propres dissensions, les assureurs offrent une image désordonnée en France comme en Europe de leur manière d’aborder les conséquences de la crise du COVID-19. Ce qui n’offre pas une vision claire de ce qu’ils doivent faire, peuvent faire et ne peuvent pas faire. Les pandémies ne sont pas assurées, sauf quelques très rares cas, parce qu’elles ne seraient pas assurables. Là-dessus, il existe un relatif consensus. Mais les démarches des uns et des autres laissent penser qu’au-delà de ce postulat, ce serait quand même possible. D’autant que l’attention se polarise sur les pertes d’exploitation des petites entreprises dont la situation est dramatique. On parle beaucoup des restaurateurs, mais ils ne sont pas les seuls. Dans ces situations de panique celui qui parle le plus fort a bien sûr raison surtout lorsque l’apparence semble le conforter.

De fait, certaines filiales de banque (BPCE et Crédit Mutuel CIC, Crédit Agricole) annoncent leur intention de prendre en charge, dans une certaine mesure, les pertes consécutives à l’impossibilité pour ces acteurs économiques de travailler. Juste avant, un assureur de particuliers (la MAIF) a restitué une partie des cotisations auto pour les risques non courus pendant le confinement. Alors que la voix autorisée de la profession, Florence Lustman qui préside la FFA, tente de formuler une position claire autour de ce qu’est l’assurance, de ses missions et de ce qu’elle ne doit pas faire. En d’autres termes, les assureurs doivent camper sur leurs engagements, ce qui ne les empêche pas de financer des actions de solidarité clairement identifiées comme telles, dans le cadre d’une solidarité supportable par leurs finances.

Face à ces positions, pour le moins désordonnées, les Pouvoirs publics, les parlementaires voire des organisations professionnelles invitent les assureurs à mettre la main à la poche. Certains, comme l’un des responsables des hôteliers restaurateurs, expliquent comment libérer les dizaines de milliards d’euros nécessaires. De son côté, l’ACPR invite les assureurs à conserver une gestion prudente, L’autorité de supervision fait de la solvabilité la ligne de conduite. Les fonds propres doivent être maintenus voire renforcés.

Quelques situations, au demeurant assez médiatisées, viennent alourdir l’horizon. Ici, le leader du marché est empêtré avec une affaire de garantie « tous risques sauf » consentie à un courtier, dont il est l’actionnaire, au profit de ses clients restaurateurs. Garantie spécifique qui ne serait pas accordée à d’autres partenaires courtiers ou agents. Là, un organisateur de festival se voit refuser l’application d’une garantie annulation sur la base d’une clause dont il conteste l’interprétation.

Bref, l’assurance et les assureurs sont proches d’être cloués au pilori. Cette situation est comparable dans certains pays européens. En Allemagne, Belgique, Espagne, Italie ainsi qu’au Royaume-Uni les tensions sont vives à l’égard des assureurs, des avocats se disent prêts à saisir la justice. Tout cela sur fond de nettes divergences entre les assureurs sur les conduites à tenir.

Quoiqu’il en soit, le « juge de paix » ne va pas tarder à sortir du bois. En effet, la situation financière des organismes d’assurance ne va plus tarder à être publiée. Si globalement, il n’y pas lieu de nourrir d’inquiétudes disproportionnées au 31 décembre 2019, elle risque d’être moins florissante qu’espérée. Un peu plus tard, la situation à fin mars 2020 devrait refléter pour certains acteurs de réelles tensions sur leurs fonds propres à un moment où la visibilité à court - moyen terme est faible.

Bref, des marges de manœuvre réduites. C’est le sens de la mise en garde récente de l’ACPR. Autant les assureurs doivent participer à la solidarité le plus largement possible, mais ils ne doivent pas le faire au détriment de leur marge de solvabilité. C’est un discours qui sera entendu s’il est argumenté et justifié par les chiffres.

Henri DEBRUYNE