Eclairage

Mariage Cnp assurances – La Poste : Avis de gros temps

Le mariage de la CNP et de la Poste est acté. Il créé un « grand pôle financier public au service des territoires ». Tout aussi certainement, il va bouleverser le marché et menacer les positions des acteurs en place.

La Puissance publique, dans sa version étatique, a tranché. Pour sauver un groupe dont l’activité traditionnelle recule de 7% par an, elle a choisi de « réinventer les activités de la Poste » comme l’a indiqué Bruno Lemaire. En d’autres termes, de créer un nouvel acteur de la bancassurance alliant le Groupe la Poste et sa force de frappe de 17 000 points de contacts avec la CNP le leader en assurance vie et en assurance emprunteur. Un mastodonte donc qui vient renforcer les gros bataillons des réseaux bancaires.

Les marchés de l’assurance et de la banque ne sortiront pas indemne de cette création. Il suffit de regarder depuis 30 ans l’évolution des parts de marché pour se rendre compte de l’effet de souffle que va provoquer une telle évolution. Les réseaux bancaires collectent les 2/3 de l’assurance vie et un sixième de l’assurance non-vie.

La menace est donc bien réelle. Ses effets dépendront largement de la capacité de résistance des acteurs en place et de l’agressivité des stratégies de réplique pour conserver les clients et contenir les assauts de ce nouvel acteur qui, de son côté, s’emploiera à gagner des parts de marché. Or, il faut bien dire que face à l’entrisme de nouveaux acteurs les assureurs n’ont pas élaboré dans le passé de réelles stratégies de riposte. Le glissement des parts de marché en témoigne.

Aujourd’hui, le contexte est différent. Le marché est devenu très concurrentiel, les marges sont bien moins confortables et les équilibres techniques plus délicats à maintenir. Le métier est devenu plus difficile. Autant dire que la menace d’un nouvel acteur de cette dimension devrait susciter des réactions de défense vigoureuses. Impérativement, les politiques de préservation du portefeuille doivent être musclées et l’agressivité commerciale devenir la norme. Les forces commerciales, au cœur de ces dispositifs cruciaux, vont recevoir des moyens à la hauteur de la menace.

Il n’est plus temps de se lamenter, les assaillants sont aux portes, il faut se battre. Un point mérite d’être soulevé. L’Etat n’a plus aucune raison de rester présent dans un groupe de ce type. Le nouvel ensemble doit être totalement privatisé. Rien ne justifie de conserver un groupe public dans un secteur financier privé.

Henri DEBRUYNE